Un travail considérable reste à accomplir pour faire de l’égalité entre les femmes et les hommes une réalité universelle. Les Vaillantes s’engagent avec ce média d’apporter leur pierre à l’édifice !

Notre promesse : vous parler de féminisme, de féminité, et d’empouvoirement. (L’empouxx quoi ?) Exactement, pour commencer, la définition de ces termes s’impose.

Parce qu’en vrai le féminisme, la féminité, et l’empouxx quoi – Ça veut dire quoi au juste ?

Pour y voir un peu plus clair, on vous partage l’ouvrage de Clarence Edgard-Rosa et son abécédaire joyeusement moderne du féminisme.

Et pourquoi avoir choisi “les gros mots” de Clarence ?

  1. Parce qu’on a adoré
  2. Pour la sororité – mettre à l’honneur des personnalités, des écrits que nous admirons et que nous avons envie de partager – est valeur essentielle pour les Vaillantes
  3. Et parce que nous n’aurions pas pu mieux le dire !

Apparemment, féminisme est un gros mot.

Il fait peur à certains, en irrite d’autres. Il y en a même qui voudraient donner au mouvement un nouveau nom. Celui-ci serait – au choix – dépassé, agressif, excluant.

Pourquoi un abécédaire du féminisme ? Parce que non, le mot n’est pas à proscrire, il a dare-dare besoin d’être compris pour ce qu’il est. A l’heure où il est bon ton pour certaines femmes de clamer qu’elles n’ont pas besoin du féminisme, il semble urgent de rappeler en quoi ce dernier est aussi actuel qu’essentiel.

Comme à chaque période de renouveau du mouvement et ses enjeux, le backlash guette. Tapi dans un coin, prêt à bondir et à nous rappeler qu’aucune liberté n’est figée ou acquise pour toujours. S’il est bien beau de jouir des victoires du mouvement, il serait dommage au passage d’en rejeter l’essence, et de croire que l’on peut se reposer sur une égalité en carton-pâte. Parce que les inégalités que l’on constate aujourd’hui, et qui font bondir aussi bien des femmes que des hommes, ne sont pas les fonds de casseroles d’une société inégalitaire qui appartiendrait au passé, mais les manifestations bien actuelles d’un systeme qui continue de produire et d’alimenter tranquillement une organisation sexiste, dans toutes les sphères de nos vies.

Alors, vous qui êtes féministes et le clamez joyeusement ; vous qui répondez ‘non, sans façon’ ; vous qui regrettez de ne pas vous reconnaitre dans le féminisme de la nouvelle génération, alors qu’il est aussi plurielle que nous le sommes ; vous qui apercevez les outils d’émancipation puissants qu’abritent les nouveaux médias, mais qui regrettez qu’ils fédère autour d’un vocabulaire d’initié ; vous qui voyez dans le féminisme un combat daté, voire ringard, et qui gardez dans un coin de la tête le cliché d’une féministe hystérique qui se fait des parures de guerre avec des bijoux de famille ; vous qui comparez les premières heures de Beyoncé chantant en body moulant sous un immense panneau ‘feminist’ dans des stades pleins à craquer, et qui vous dites que vous avez du louper un épisode ; vous qui, sur le principe, êtes bien sûr contre le sexisme, mais qui n’observez pas dans votre vie de tous les jours les mécanismes fourbes qui l’alimentent ; oui, vous : ceci vous concerne ! ceci vous concerne quelque soit la manière dont vous naviguez dans cette société, quelque soit votre identité et les enjeux de votre liberté.

Face à un terme qui n’a pas bonne réputation, une poignée de bons mots vaut souvent mieux qu’un statu quo que l’on croit douillet. A rebours de l’irritant ‘je ne suis pas féminisme, mais …’, on n’invoquera jamais trop de raisons d’exiger l’égalité. »

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Féminisme

Ah, on y vient. Le fameux mot qui fait si peur, celui derrière lequel certains pensent trouver d’affreuses Illuminati en guerre contre la moitié de l’humanité. Le Larousse définit le féminisme comme un ‘mouvement militant pour l’amélioration et l’extension du rôle et des droits des femmes dans la société.’ Brrr, tremblez, des gens militent pour que les femmes s’émancipent et cessent d’être discriminées ! En 2015, une pétition a été lancée en ligne pour que le féminisme soit classé parmi les groupes terroristes.

Puisque le mot terrifie, un site web Américain a été lancé, proposant un quiz permettant de savoir si vous en êtes un(e), de féministe.

Deux questions :

Pensez-vous que tous les êtres humains sont égaux ?

Pensez-vous que les femmes sont des êtres humains ?

Félicitations, vous êtes féministe ! Ce n’est vraiment pas plus compliqué que ça.

Il ne s’agit pas d’un combat contre les hommes (mais contre le patriarcat, ce qui fait une énorme différence), ni d’une doctrine (il n’y a d’ailleurs non pas un mais des féminismes), encore moins d’un mouvement de terreur (laissez-moi rire, il s’agit juste de lutter contre les violences et la discrimination).

Preuve que le mot ‘féminisme’ est mal compris, le hashtag #Idontneedfeminism (Je n’ai pas besoin du féminisme) a surgit sur la toile en 2014 et ne s’est pas éteint depuis. Il regroupe la parole de jeunes femmes qui expriment, par pancartes interposées, leur rejet du mouvement, avec des arguments qui n’ont pour seule vertu que de démontrer à quel point le féminisme est mal compris. ‘Je n’ai pas besoin du féminisme parce que je n’ai pas envie de ressembler à un homme’, dit l’une ; ‘Parce que je crois en l’égalité’, écrit une autre, sans ironie aucune ; ‘Parce que je suis forte’, scande une autre ; ‘Parce que l’égalité ce n’est pas se balader habillée comme une pute en dominant la population masculine’, explique fièrement une autre, bien loin de saisir à quel point elle est à côté de la plaque. Voilà ce qui a de quoi terroriser : la diabolisation généralisée d’un mot qui ne désigne pourtant rien de terrifiant.

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Féminité

‘Pas de gros mots, c’est pas joli dans la bouche d’une fille !’ ; ‘Ne grimpe pas aux arbres, tu vas salir ta robe !’ ; ‘Tu pourrais quand même faire un effort pour être un peu plus féminine.’

Des premiers pâtés au bac à sable jusqu’à la maison de retraite, on l’a bien compris, les femmes se doivent d’être féminines – c’est une obligation.

Mais la féminité, qu’est-ce que c’est au juste ? Une paire de talons hauts ? Des cheveux longs ? Un rire charmant et peu sonore ? Y a-t-il un moule à tarte dans lequel nous sommes supposées nous fondre ?

Dans le deuxième sexe, Simone de Beauvoir décrit ce questionnement centenaire qui n’a pas pris une ride (ah tiens, c’est aussi ça, la féminité) avoir beaucoup d’humour : ‘On nous dit que la féminité est en péril’ ; on nous exhorte : ‘Soyez femmes, restez femmes, devenez femmes’.

Tout être humain femelle n’est donc nécessairement pas une femme ; il lui faut participer à cette réalité mystérieuse et menacée qu’est la féminité. Celle-ci est-elle secrétée par les ovaires ? Ou figée au fond d’un ciel platonicien ? Suffit-il d’un jupon à frou-frou pour la faire descendre sur terre ? Bien que certaines femmes s’efforcent avec zèle de l’incarner, le modèle n’en a jamais été déposé.

Le hic est bien là : il n’y a pas de définition de la féminité. Enfin si : on sait que c’est ‘l’ensemble des traits psychologiques considérés comme féminins’, comme dit le Larousse, qui fait d’ailleurs un choix intéressant pour l’exemple qui va avec la définition : ‘Elle manque de féminité’. Ça donne un assez bon aperçu de la sanction sociale qui attend celle sui désobéirait.

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Empowerment aka Empouvoirement

‘Empowerment’ fait partie de ces termes anglo-saxons qui souffre de l’absence de VF. On pourrait le traduire par ‘encapacitation’ ou ‘autonomisation’ (versions universitaires), ‘émancipation’ (version beaucoup plus utilisée au quotidien mais pas tout à fait précise), ou encore ‘empouvoirement’ (version probablement vilipendée par le Petit Robert, mais la plus satisfaisante).

En somme, l’empowerment est ‘un processus par lequel un individu ou un groupe acquiert les moyens de renforcer sa capacité d’action, de s’émanciper’, comme le résume la sociologue Marie Héléne Bacqué. Tout ce qui participe à donner à un groupe discriminé les moyens de construire sa libération est ainsi de l’ordre de l’empowerment. Ça peut aller d’une loi en faveur de l’égalité, à un livre qui donne des outils intellectuels pour s’extirper des carcans genrés, à un discours qui donne la force de ne pas se laisser marcher sur les pieds, en passant, tout bêtement par un film dont les personnages envoient valdinguer les stéréotypes. »

 

Voilà, on espère que vous y voyez plus clair.

Et que ces quelques termes résonneront en vous, comme ils l’ont fait pour nous.

Et si, par chance, ces quelques mots vous font réagir – dites-le nous !

PS : Le reste de l’abécédaire de Clarence est également un pur bonheur, alors courez vite le découvrir !

PSS: Plein d’amour a Cecile Dormeau, l’autrice des trop mignonnes illustrations décomplexantes de cet article.

 

Trop de Love,

Les Vaillantes.

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September 27, 2018

Comments

[…] Dans son livre Mona Chollet nous parle du refus d’être mère, d’ascension sociale, et des nouvelles sorcières. Elle dénonce les persécutions au fil des siècles faites aux femmes « un peu trop » indépendantes. Bref, son livre est dédié à l’empouvoirement (on t’invite à relire notre article sur ce terme que tu ne trouveras pas encore dans le Petit Rob…. […]

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